Hamadan se trouve à plus de 1 800 mètres d’altitude, sur les pentes de la montagne Alvand, dans le nord-ouest de l’Iran. Ancienne Ecbatane, cette ville est liée à l’histoire perse depuis l’époque des Mèdes et des Achéménides. Pour les passionnés d’histoire, un séjour à Hamadan permet de toucher du doigt les strates successives de la civilisation iranienne, du substrat antique aux héritages islamiques.
Ce que les fouilles récentes changent sur Ecbatane
Vous avez peut-être lu qu’Ecbatane était la grande capitale mède décrite par Hérodote, avec ses sept murailles concentriques aux couleurs différentes. Cette image reste populaire dans les guides, mais elle mérite d’être nuancée.
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Des fouilles menées sur la colline de Hegmataneh, publiées dans la revue Iranica Antiqua (vol. 57, 2023), montrent l’absence de couches monumentales clairement datées de l’époque mède. Les archéologues estiment que le récit d’Hérodote est probablement idéalisé plutôt que strictement descriptif.

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Concrètement, cela signifie que le site archéologique de Hegmataneh, tel qu’on le visite aujourd’hui, témoigne surtout de l’occupation achéménide et parthe. Les vestiges visibles (fondations, céramiques, structures en pierre) appartiennent à ces périodes plus tardives.
Pour le visiteur passionné, cette réévaluation rend la visite plus riche, pas moins. On ne contemple pas une ruine figée dans un récit mythique. On observe un site où chaque couche de terre raconte un siècle différent de l’empire perse, et où la recherche archéologique continue de modifier notre compréhension.
Inscriptions de Ganj Nameh : lire l’empire achéménide sur la pierre
À quelques kilomètres du centre de Hamadan, dans une vallée au pied de la montagne Alvand, deux panneaux gravés dans la roche constituent l’un des témoignages épigraphiques les plus accessibles de l’Iran ancien. Ce sont les inscriptions trilingues de Ganj Nameh, rédigées en ancien persan, en élamite et en babylonien.
Ces inscriptions sont attribuées à Darius Ier et à son fils Xerxès Ier. Elles suivent la même logique que les grands programmes épigraphiques achéménides visibles à Persépolis ou à Bisotun : affirmer la légitimité royale et invoquer le dieu Ahura Mazda.
Pourquoi s’y arrêter longuement ? Parce que Ganj Nameh offre quelque chose que Persépolis ne permet pas de la même façon : on se tient face à la pierre, sans barrière, à portée de main. Le cadre naturel, une gorge boisée avec une cascade, ajoute une dimension que les grands sites muséifiés n’ont pas.
Des travaux linguistiques récents, notamment ceux de Rémy Boucharlat, ont replacé ces inscriptions dans le contexte plus large de la politique de communication multilingue des Achéménides. Darius utilisait trois langues pour s’adresser aux différents peuples de son empire. Ganj Nameh en est un exemple compact et lisible.
Ce qu’il faut repérer sur place
- Le panneau de gauche (en montant) est celui de Darius Ier, le panneau de droite celui de Xerxès. Les deux suivent un format similaire, ce qui permet de comparer leur structure même sans lire le cunéiforme.
- Les trois registres linguistiques sont superposés verticalement sur chaque panneau. L’ancien persan occupe la partie supérieure, l’élamite le milieu, le babylonien la partie basse.
- L’érosion naturelle a effacé certains caractères. Les parties les mieux conservées se situent dans les zones protégées par un léger surplomb rocheux.
Mausolée d’Avicenne et héritage scientifique perse à Hamadan
Avicenne (Ibn Sina en persan) est mort à Hamadan au XIe siècle. Son mausolée, reconstruit au XXe siècle avec une tour conique moderne, se trouve au centre-ville. Le bâtiment en lui-même n’est pas ancien, mais il abrite un petit musée consacré à l’histoire des sciences en Iran.
Avicenne incarne le lien entre héritage perse antique et rayonnement intellectuel islamique. Son Canon de la médecine a été enseigné en Europe pendant des siècles. Visiter ce mausolée permet de comprendre comment Hamadan a fonctionné comme carrefour culturel bien après la chute des empires antiques.

Le musée présente des instruments scientifiques, des manuscrits et des reproductions de textes médicaux. La visite prend moins d’une heure, mais elle éclaire un pan de l’histoire perse que les sites archéologiques seuls ne couvrent pas.
Dôme des Alavides et tombeau de Baba Taher : deux époques en un parcours
Le Dôme des Alavides (Gonbad-e Alavian) est un petit édifice seldjoukide du XIIe siècle. Sa taille modeste cache un décor en stuc d’une finesse remarquable. Les motifs géométriques et floraux qui couvrent les murs intérieurs témoignent du savoir-faire décoratif de la période seldjoukide, une époque souvent éclipsée par les périodes achéménide et safavide dans les circuits touristiques.
À quelques minutes à pied, le tombeau de Baba Taher honore un poète mystique du XIe siècle. La structure actuelle date du XXe siècle, mais le lieu rappelle que Hamadan a été un foyer de poésie persane. La ville a produit des poètes et des penseurs sur plus d’un millénaire.
Combiner ces deux visites en une demi-journée permet de saisir la continuité culturelle de Hamadan. Entre les inscriptions achéménides de Ganj Nameh et les stucs seldjoukides du Dôme des Alavides, ce sont presque deux mille ans de production artistique perse qui se déploient dans un périmètre restreint.
Organiser un parcours thématique à Hamadan : ordre de visite
Pour un séjour de deux jours centré sur l’histoire perse, un ordre chronologique de visite donne sa cohérence au parcours :
- Commencer par le site archéologique de Hegmataneh pour poser le cadre antique, en gardant à l’esprit les limites de l’attribution mède des vestiges.
- Enchaîner avec Ganj Nameh dans l’après-midi, quand la lumière rasante fait ressortir les reliefs du cunéiforme sur la pierre.
- Le deuxième jour, visiter le Dôme des Alavides le matin (le site est petit, la lumière du matin met en valeur les stucs), puis le mausolée d’Avicenne.
- Terminer par le tombeau de Baba Taher en fin de journée, pour clore le parcours sur la dimension poétique et mystique de la culture perse.
Hamadan n’a ni la fréquentation de Shiraz ni la monumentalité de Persépolis. C’est précisément ce qui en fait un terrain d’exploration pour les passionnés d’histoire perse : chaque site se visite sans foule, à un rythme qui laisse le temps de regarder la pierre de près.

